Fragile et dangereux est le câble sur lequel jonglent tout ce lot de nouveaux artistes tels que Die Antwoord, Little Big ou Tommy Cash. Parfois, on a l'impression que ce qu'ils font est une pure boutade, et tout est ok. Mais alors, l'ombre du doute apparaît : ne seraient-ils pas sérieux avec toute cette exaltation du fougueux lumpen, de l'esthétique des banlieues et de l'imaginaire criminel dérisoire ? Ça semble tout de suite moins drôle. Heureusement, tous s'efforcent sans cesse de déséquilibrer cette balance du côté de la blague avec des actions aussi intéressantes que celles de Tommy Cash et son Kanye East.
KANYE EAST, LA VIE DE PAVEL

Tommy Cash a toujours admis que sa grande inspiration artistique était Kanye West... Personne ne devrait donc être surpris du fait que, finalement, Cash ait sorti de sa manche un alter ego nommé Kanye East, qui dirige une marque de mode qui encourage à vivre "The Life of Pavel", et dont la devise ne pourrait pas être plus retentissante : Make Europe Great Again.

On a entendu parler de Tommy Cash il y a quelques saisons déjà, avec un clip vidéo, Winaloto, qui présentait en société une sorte de version est-européenne du style zef sud-africain de Die Antwoord. La chanson a pris de larges proportions, mais beaucoup ont commencé à craindre que tout cela soit très sérieux quand, peu de temps après, il présenta le thème Pussy Money Weed produit par A.J. Cook avec un clip hyperviolent dans lequel on voit même des filles avec des lames de couteaux implantées dans les moignons de leurs extrémités. Cela aurait pu être la fin de Tommy Cash si, à ce moment-là, tout le tralala de Kanye East n'avait pas existé pour compenser.
Car après tout, c’est dans la création du personnage de Kanye East que, précisément, ce rappeur originaire de Tallinn (Estonie) né en 1991, montre qu'il faut le prendre à la rigolade. Le fait est que Cash a toujours précisé que son père artistique n’était ni plus ni moins que Kanye West : en tant qu’illustre représentant de la décomposition de l’empire soviétique, nombre de ses chansons sont de véritables réflexions autour de la tension qui existe entre la vie bling bling vendue en occident et la seule version que peuvent se permettre ceux qui vivent en Estonie : une version fausse, de marché, de celles qui transforment le lettering d'adidas en adidash. Au cas où ça passe.

Ainsi, parfois, et seulement parfois, Tommy Cash transmute en Kanye East. Et c’est cette espèce de Kanye d’Europe de l’Est qui gère une marque de mode qui est une pure vision ironique, presque sardonique, de toutes ces bêtises de la mode bourgeoise occidentale que nous achetons aveuglément comme une incarnation du cool. Kanye East vend des sacs en papier à des prix populaires et propose une version du sac d'IKEA que vous avez probablement déjà vu dans la cuisine de votre grand-mère plus d'une fois. Vous souvenez-vous de la casquette MAGA (Make America Great Again) ? Eh bien lui, il a la version MEGA (Make Europe Great Again). Il copie à Off-White la manie de nommer les choses, tandis que de Yeezy il prend cette grandiloquence si Kanye, capable de vendre un sweat à capuche pour chevaux. Capuche intégrée. Et avec des trous dans la capuche pour les oreilles du cheval.
Kanye East vous dit très clairement : vous ne pourrez peut-être jamais vous permettre "The Life of Pablo". Mais bon, vous pouvez toujours rejoindre "The Life of Pavel", plus accessible.
