MYLES LOFTIN, UTILISER LA COULEUR POUR REPRÉSENTER POSITIVEMENT LA JEUNESSE QUEER

Couleur, luminosité, liberté et beaucoup de joie. Ce sont les éléments choisis par Myles Loftin, un photographe de 21 ans, pour contrer les ténèbres et la tristesse qui sont historiquement associées aux personnes racialisées et queer. D'ailleurs, nous pourrions même dire que la mission personnelle de Myles Loftin, avec son travail, consiste à apporter cette touche humaine et à représenter de manière positive les personnes qui appartiennent à ces communautés. Cela l'a amené à photographier certaines des personnalités les plus influentes de la scène artistique new-yorkaise, à paraître dans des publications telles que Paper Magazine, i-D ou Gayletter et à tourner la dernière campagne de l'une des marques les plus appréciées du streetwear, GCDS, que vous pouvez d'ailleurs trouver dans notre magasin. Nous avons discuté avec lui de la manière dont il a réussi à réaliser tout cela tout en étant encore dans sa dernière année d'études.

Quand ton amour pour la photographie a-t-il commencé ? Qu'est-ce qui t'a poussé à prendre un appareil photo pour la première fois ?

Mon intérêt pour la photographie a commencé au lycée, je m'intéressais déjà aux arts et j'avais alors l'intention de me consacrer à l'illustration. Mon primx KJ (photographe de genre non binaire vivant à Washington DC) m'a présenté à Tumblr, et c'est à ce moment-là que j'ai commencé à m'intéresser à la photographie de mode. Je me souviens avoir été frappé par la manière dont les images me transportaient ou me faisaient sentir des choses. Je voulais évoquer le même sentiment chez les autres. Après cela, j'ai commencé à faire des shootings avec mon prime et à faire des autoportraits à la maison avec l'iPod Touch de ma sœur. Mon amour pour la photographie a été renforcé lorsque je suis parti en voyage avec ma famille en Italie à l'été 2012. Mon oncle nous prêta son reflex numérique. Je l'ai volé à mon père et j'ai décidé de documenter le voyage. Peu de temps après, j'ai su que je voulais travailler là-dedans. Mes parents m'ont acheté mon premier appareil photo après ce voyage et c'est à ce moment que tout a commencé. Le soutien de ma famille a été extrêmement important pour continuer à travailler.

Saurais-tu définir ton style en quelques mots ?

Vibrant, libre et intime.

Tu as photographié de nombreux jeunes queer parmi les plus influents de la scène artistique new-yorkaise, photographes, mannequins, acteurs, etc. Des gens comme Chella Man, MaryV Benoit et Aaron Philip. Comment les as-tu rencontrés ?

J'ai d'abord rencontré Chella et MaryV au cours de ma première année à la Parsons School of Design. Chella m'a contacté pour un shooting et peu de temps après, il m'a présenté MaryV. Depuis, nous sommes amis. J'ai rencontré Aaron via Instagram, nous avons commencé à nous suivre lorsque j'étais au lycée et nous nous sommes enfin rencontrés dans la vraie vie lorsque j'ai déménagé à New York pour l'université. Cela a été incroyable de voir comment ils ont grandi, je suis très fier d'eux.

J'imagine que, puisque tu es si jeune et que tu travailles en tant que photographe professionnel depuis quelques années déjà, tu as grandi avec tous ces gens incroyables tout en forgeant leur carrière. Comment te sens-tu à ce sujet ?

Ouais, j'ai 21 ans... C'est assez accablant de penser au fait que je suis si jeune et qu’il ya tellement de choses que je ne connais pas du monde ou de l’industrie et que tant de choses m'arrivent à moi et mes amis. Je suis extrêmement reconnaissant pour toutes les opportunités qui se sont présentées à moi et je remercie toutes les personnes avec qui j'ai commencé ma carrière et qui continuent de faire partie de mon réseau de soutien.

Comment dirais-tu que la ville de New York t'a influencé ou inspiré depuis ton déménagement il y a quelques années ? Comment cela t'a-t-il changé en tant que personne ? Et c'était comment, l'expérience de vivre à Londres ?

Vivre à New York au milieu de tant de personnes différentes me motive beaucoup. Je me sens beaucoup plus confiant et cela me donne envie de m'efforcer encore plus. Toutes les personnes qui déménagent dans cette ville ont un objectif pour lequel elles travaillent tous les jours. Parfois, c'est un peu compétitif, mais ça me motive encore plus.
Quand j'ai déménagé à Londres pour un semestre, j'ai appris que ce n'était pas grave de se reposer. J'y ai été pendant six mois et je n'ai pas trop travaillé. J'assimilais la ville et je me découvrais tout en découvrant ce que je voulais faire de mon travail.

Tu travailles sur une série d'images qui reproduisent les vieilles photos typiques des salons de coiffure, dans lesquelles tu photographies des gens avec des cheveux teints. Quelle est l'inspiration derrière cela ?

J'ai commencé la série COLORED en 2018, après m'être teint les cheveux en orange. À ce moment, je me suis rendu compte que j'avais autour de moi de nombreuses personnes noires (amis, connaissances, célébrités, etc.) avec les cheveux teints. J'ai vu des gens comme Frank Ocean aux cheveux verts ou les Clermont Twins avec des perruques multicolores. Cette série de photos est née de mon désir de parler de cette tendance et de célébrer les cheveux afro. Je pense que, régulièrement, on nous dit, à nous, les noirs, ce que nous devons ou ne devons pas faire. Que nous ne pouvons pas avoir nos cheveux naturels ou que nous ne pouvons pas les teindre de différentes couleurs. Quand vous allez au supermarché, normalement, les modèles des boîtes de teinture sont blancs. Ces photos de gens noirs aux cheveux teints montrent notre beauté et la polyvalence de nos cheveux.

L’un des objectifs de ton travail est de représenter de manière positive les personnes racialisées et queer puisque, comme nous le savons tous, les médias ont fait tout le contraire. Dirais-tu que l’un des moyens par lesquels tu parviens à le faire littéralement consiste à utiliser la couleur et la saturation dans tes photos ?

Je pense que ma décision d'utiliser autant de couleur et de luminosité dans mes photos de personnes racialisées est due au fait qu'une grande partie de notre histoire visuelle a été cachée. Je veux que mon travail représente tout le contraire.

Il me semble que tu as dit dans d'autres interviews que ça ne te dérangeait pas de prendre la responsabilité de faire tout ce travail, vu ton statut d'homme noir et queer. Même dans ce cas, le fait que ce soit, en quelque sorte, ce que l’on attend des artistes racialisés et queers doit être assez épuisant, n’est-ce pas ?

Oui, je pense que c’est carrément épuisant que l'on attende des artistes appartenant à une minorité quelconque qu'ils représentent toute leur communauté dans l’art qu’ils créent. Si je voulais faire quelque chose qui n'ait rien à voir avec la justice sociale ou la représentation, cela devrait aussi être valide.

Comment ça s'est passé de bosser avec une marque aussi cool que GCDS ? Tu as fait la campagne publicitaire ou quoi exactement ? Peux-tu nous dire comment tu les as rencontré ?

J'ai tourné la campagne numérique d'automne pour GCDS. Le RP m'a contacté par mail et m'a dit que le directeur créatif Giuliano Calza était fan de mon travail et qu'il était intéressé pour que je travaille avec eux. La vérité, c'est que j'ai adoré l'expérience, car on m'a donné carte blanche pour faire ce que je souhaitais avec le projet. J'étais en charge du casting, de la direction artistique et de la production du tournage. J'ai travaillé avec une grande équipe de créatifs et de mannequins, donc le tournage était plutôt amusant.

Que veux-tu que les gens retiennent de ton travail ?

Je veux qu'ils apprécient l’humanité de toutes les personnes que je photographie. Je veux que mon travail incite les gens à penser que les images jouent un rôle important dans la modification de nos perceptions.

Que pouvons-nous attendre de toi pour l'année prochaine ? Parle-nous de tes prochains projets !

En ce moment je fais plusieurs choses. C’est ma dernière année d'études. Je suis donc en train de rédiger ma thèse, qui sortira en mai 2020, et qui portera sur l’utilisation de la photographie comme moyen de créer des archives visuelles de la communauté noire et queer. Je suis également en train de monter un livre de photos 35 mm sur ma vie de 2016 à ce jour et je travaille sur un projet cinématographique / photographique avec mon copain sur l'image du corps masculin.