SCORPION DAGGER, LE GIF ARTISTIQUE

Celui qui pense que les gifs animés ne sont pas de l'art pur, c’est qu’il ne connait pas encore l’œuvre de Scorpion Dagger. Ce qui serait hautement improbable, car si vous vous connectez à un réseau social quelconque, vous êtes sûrement déjà tombés sur son travail. Nous avons discuté avec lui de la Renaissance, de la comédie et de l'art au XXIe siècle.
Vous venez tout juste de travailler avec nous. Pourquoi pensez-vous que nous vous avons choisi et comment s'est passée cette collaboration ?
Je ne sais pas dutout pourquoi vous m'avez choisi (hahaha). J'aime l'idée que les gens qui apprécient mon travail se voient reflétés dans les bizarreries que j'anime. J'espère que les gens pourront s'identifier à mon travail, afin que quiconque le regarde et moi-même partagions ce qui y est représenté.
Vous souvenez-vous du tout premier gif animé que vous avez créé ? Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de le créer et quelle a été la réaction des gens en le voyant ?
J'ai fait mon premier gif en 2011, deux gars dans un charriot tiré par un chien qui leur pétait dessus. Je l'avais mis sur YouTube pendant un moment, mais je l'ai retiré quand j'ai réalisé à quel point il était agaçant de devoir appuyer sur play toutes les deux secondes. J'aurais dû le mettre en boucle ou quelque chose comme ça. C'est un ami à qui je l'ai envoyé qui m'a convaincu de l'exporter au format gif et d'ouvrir un Tumblr. A cette époque, je commençais à apprendre à animer et j'essayais toujours de faire des vidéos longues et ambitieuses qui ne finissaient jamais. Je ne me souviens pas du pourquoi j'ai fait cette courte animation à l'époque, mais je me souviens de ce que j'ai ressenti lorsque j'ai réalisé que je n'avais pas besoin de faire de longues vidéos et du plaisir de faire des clips courts. Ce fût un véritable game changer pour moi.
Vous identifiez-vous comme un artiste du gif ?
Plus ou moins. J'ai récemment commencé à me sentir à l'aise en me qualifiant d'artiste. Je sais pas… Je me sens souvent comme un imposteur. Je ne fais que m'amuser avec mon travail. J'essaie de faire en sorte que ce soit l'expression la plus réelle possible de qui je suis, sans trop m'inquiéter des tendances, des styles, des likes, des shares, etc. Je suis constamment étonné que les gens aiment mon travail.
Quel a été votre moment le plus heureux depuis que vous avez commencé à faire des collages et des gifs animés ?
Sans aucun doute, toutes les amitiés sincères que je me suis faites au cours de ces années, en partageant mon travail.
Des moments tristes du côté obscur du monde de l'art du gif ?
Certaines personnes ont pris mon travail et ont mis leur propre signature dessus, en essayant de le faire passer pour leur.
D'habitude, vous mêlez Renaissance et humour. Pourquoi aimez-vous tant ce mélange et pourquoi pensez-vous qu'il ne semble jamais s'épuiser ?
J'aime beaucoup les peintures de la Renaissance. J'apprends constamment sur elles, sur leur signification et sur les artistes qui les ont peintes. J'espère ne pas paraître trop ringard, mais je considère mon travail comme une action consistant à prendre de petits éléments d'un tableau et à les mélanger avec d'autres pour créer quelque chose de nouveau, en essayant toujours de reconnaître l'héritage de toutes les parties. D'une certaine manière, c'est comme mélanger différents brins d'ADN pour créer un enfant bâtard.
Le travail de Terry Gilliam dans Monthy Python nous vient immédiatement à l’esprit en voyant vos créations. Est-ce une référence pour vous ? Mise à part lui, quelles autres influences avez-vous ?
Il est difficile de nier que Terry Gilliam est une influence pour moi. Ce n'est certainement pas intentionnel, mais j'ai vu des tonnes de Monthy Python en grandissant, et leurs animations ont toujours été mes parties préférées. J'imagine que mes principales influences, en plus de la sienne, sont le skate des années 90 et les scènes punk et hardcore des années 80. C'est ce avec quoi j'ai grandi et c'est ce à quoi je me dédiais de façon créative au début.
Qui est Darryl exactement ?
Darryl est un pote qui vit dans la Naz d'il y a deux mille ans environ. D'une certaine manière, il s'est connecté aux réseaux sociaux en utilisant une sorte de décalage transdimensionnel et partage sa vie d'adolescent avec le monde entier. Je n'en sais pas trop sur lui, mise à part que son groupe de musique est vraiment bon !
La musique, d'ailleurs, est très importante dans vos créations et dans le monde de Darryl. Comment est le processus au cours duquel vous choisissez la chanson parfaite pour chaque pièce ?
C'est généralement quelque chose que j'écoute en travaillant. J'aime écouter de la musique au hasard, alors je ne sais jamais d'où proviendront les chansons. Quand une chanson se marie parfaitement à l'atmosphère et au rythme que j'essaie de créer, j'essaie de façonner les deux pièces ensemble.
Vous créez tout un univers autour de Darryl avec son propre imaginaire, ses histoires et sa musique. Que va-t-il se passer dans ce même monde, dans les années à venir ?
Difficile à dire. Il faudra demander à Darryl.
Et comment voyez-vous la mode dans ce monde qu'est le vôtre ?
Tout comme la musique, la mode aide à établir à la fois l'atmosphère et le rythme que je ressens comme une partie essentielle des idées que je tente de véhiculer.