STEVEN HARRINGTON

Steven Harrington a un imaginaire visuel pleinement reconnaissable dans lequel Keith Haring, Kaws et Takashi Murakami semblent se mélanger. Il n’est donc pas étonnant qu’il soit connu sur Instagram et qu’à sa porte soient entrain de sonner des marques telles que Nike, Nixon, Converse et même Ikea. Quel est le facteur X qui a conduit le monde de l'art à identifier Harrington comme son next big thing ? 

Le but ultime de tout artiste graphique ne devrait pas être de devenir connu sur Instagram. Bon, si, un peu, parce-que les temps sont ce qu’ils sont et que, si tu es graphiste et que tu n'es pas entrain de tout casser sur Instagram, tu n'existes pratiquement pas. Mais l’idée n’est pas de tout casser sur Instagram à tout prix (c.-à-d. sur la base de posts sponsorisés par mansalva), mais de le faire pour que ta proposition artistique devienne une pure icône. Tout casser pour que, d'un seul coup d’œil, on reconnaisse que ton travail est bien le tien. Ta signature. Ton imaginaire.

Steven Harrington peut se vanter de ces deux choses : de tout casser sur Instagram (plus de 184k followers aujourd’hui) et d’avoir une signature pleinement reconnaissable à la hauteur d'autres graphistes de ces derniers temps. On pourrait dire que son travail boit directement dans le muralisme de rue du toujours reconnaissable Keith Haring, avec qui il partage l'amour pour les vastes retables pleins de personnages qui semblent célébrer une sorte de fête hédoniste. À la fois, le trait minimaliste de Haring disparaît et laisse apparaître ce genre de perversion de l'iconographie pop que d'autres artistes pratiquent si bien comme Kaws, par exemple. Tout cela filtré par un psychédélisme coloré qui n'est pas si éloigné de celui de Takashi Murakami.

Quoi qu'il en soit, et comme de nombreux autres artistes du XXIe siècle, le fait de tout casser sur Instagram avec son cachet personnel a propulsé le monde de la mode à la porte de Steven Harrington. Sa relation avec Nike ne pourrait pas être plus fidèle, car la signature du swoosh lui confère non seulement des collaborations continues sous la forme de sneakers en édition limitée, mais elle s'est même proposée comme partner in crime en s'impliquant à 50% dans la première grande exposition de Harrington, Magic Hour , qui a eu lieu à Los Angeles en ce mois d'avril.

Mais bien que Nike soit la marque qui a le mieux su comprendre le point de Harrington, elle n'est pas la seule. Récemment, Steven a réalisé une série de montres pour Nixon avec Mickey Mouse en tant que protagoniste qui sont déjà une vraie icône. Il a marqué des collaborations avec BAPE, KITH, Converse, Coachella, Sonos et même avec Ikea, pour laquelle il a réalisé toute une série d’illustrations dans lesquelles il s'est débarrassé de la couleur mais qui étaient tout de même du Harrington à mille pour cent. Et, toujours comme Kaws, l'artiste a commencé à expérimenter des sculptures maximalistes, particulièrement avec son célèbre Gotcha , dans lequel deux palmiers enroulés piègent un personnage qui semble tout droit sorti d'une bande dessinée de Jim Woording.

Kaws est-il ainsi l'exemple à suivre et même à dépasser ? Eh bien, voyons, ne nous emballons pas : il devrait dans ce cas dépasser les 1,9 million d'abonnés que celui-ci a sur Instagram. Mais il faut reconnaître que Steven Harrington est sur la bonne voie.